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" Tu as une tête sympathique, Olivier Gourmet..."

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Venu du théâtre, révélé par "La Promesse" des frères Dardenne, Olivier Gourmet est devenu, depuis, indispensable au cinéma. Il multiplie les premiers rôles comme les courtes apparitions et modèle son physique sur les exigences du personnages. Parfois, on le reconnaît à peine. "Je suis un outil", dit-il...

« Tu as une tête sympathique, la tête d'un type avec lequel on a envie d'aller boire un verre. »   C'est ainsi que Jean-Pierre Dardenne, rencontré en 1995, alors qu'ils étaient tous deux membres du jury du conservatoire de Liège, a signifié à Olivier Gourmet son envie de le voir jouer le rôle du père dans La Promesse. C'est là que tout a commencé au cinéma pour ce jeune comédien alors âgé de 32 ans, rompu aux planches de Belgique.

A cette époque, pas si lointaine, il ne rêvait que de théâtre. Il était bien venu à Paris, dix ans auparavant, s'installant chez une cousine dans l'espoir d'apprendre avec Patrice Chéreau à l'école des Amandiers de Nanterre. Mais il était reparti, après avoir reçu une lettre lui signalant que l'école fermait. Retour à Liège donc. Où le temps passe et le métier rentre. « J'aime ça. Le parcours du personnage à trouver. Son rythme. Ses raisons. J'aime ça. J'ai même plus de plaisir au travail, à la recherche, qu'au résultat. Une fois qu'on joue tous les soirs, pendant des semaines et des mois, c'est fait, il n'y a plus de surprise, plus d'accident... Ou alors, si c'est le cas, c'est grave ! » Il a donc fallu la rencontre avec les frères Dardenne pour que cet ancien premier prix du conservatoire de Liège envisage qu'on puisse l'envisager au cinéma.

« Quand j'ai lu le scénario de La Promesse, je jouais La Mère de Brecht, au théâtre. C'est sans doute une manie de vouloir tout rapporter à ce qu'on est en train de faire, mais moi, ce scénario des frères Dardenne, je l'ai trouvé... brechtien ! Je n'en ai même jamais parlé avec eux, c'est ma cuisine interne, mais ça m'a servi de me dire ça, pour construire mon personnage, maintenir une sorte de retrait et ne pas tomber dans le numéro d'acteur... » Roger, l'as de la débrouille qui aide des clandestins à passer la frontière, les loge, les fait travailler au noir et leur prend de l'argent à chaque stade. Roger qui profite de la misère des autres pour bâtir en toute bonne foi sa richesse et celle de son fils Igor. Roger, qu'il fallait absolument défendre pour que le spectateur ne le prenne pas en grippe dès la première scène. « Le moteur du personnage, pour moi, c'était ce fils, qu'il aime profondément. Alors, tout ce qu'il faisait, c'était pour son fils. » De ce premier tournage, Olivier Gourmet garde un souvenir ému, et aussi la marque d'un formidable plaisir de comédien.

Ce film, où il apparaît, bouille ronde et cheveu court, les yeux planqués derrière de grosses lunettes à verres en cul de bouteille, bien plus vieux, bien plus trapu qu'en réalité, il n'a jamais cessé d'en entendre parler depuis. « Tout ce qui m'est arrivé vient de là. Tous les petits personnages que j'ai interprétés m'ont été proposés parce que les réalisateurs m'avaient vu dans La Promesse. » Une bonne vingtaine de films en moins de cinq ans. Beaucoup de petits rôles, mais très marquants : comme André le « jaune » qui, dans Nadia et les hippopotames de Dominique Cabrera, explique ses raisons dans la voiture à la gréviste interprétée par Marilyne Canto ; comme Casteldi, le créancier véreux de Sauve-moi de Christian Vincent. Quelques plus grands rôles, tout aussi marquants comme René, gros dégueulasse irascible coincé sur sa chaise roulante dans Nationale 7 àe Jean-Pierre Sinapi ; comme Fabien, le frère aîné d'une famille endeuillée par la mort d'un père, héros de la Résistance dans De l'histoire ancienne d'Orso Miret. « Au cinéma, on raconte un parcours de détails, des petits riens qu'il faut souligner en rouge sans que ce soit jamais caricatural. »

Ces voyages-là, toujours nouveaux, en compagnie de metteurs en scène aussi divers que Cédric Klapisch, Bertrand Tavernier ou Pascal Thomas, Olivier Gourmet s'y sent de mieux en mieux. Au point de délaisser le théâtre. Il n'arrête plus de tourner. Surtout en France. Et reprend le train pour la Belgique, où il vit avec sa femme et ses deux enfants, dans ce minuscule village des Ardennes où il est né et où il a acheté un petit hôtel à retaper.

A l'image, il paraît avoir 30 ans, 40 ans, 50 ans... Qu importe ! Il peut personnifier un sale type ou un gentil garçon. Endosser un personnage omniprésent ou une silhouette fugace. Mélange d'humilité et de fierté, il conclut : « Je suis un outil. A partir du moment où je lis un scénario, je suis préoccupé, j'y travaille nuit et jour. Le personnage m'envahit. Il change... non pas ma vie, mais mon regard sur les choses. Après, il faut que je retrouve mes repères, que je rentre chez moi au fond des bois, que je redevienne casanier. »

Isabelle Danel

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